Un tout petit chaton miaulait désespérément. Cela faisait des heures qu'il
appelait en vain. Personne ne le voyait, personne ne l'entendait, personne ne se rendait compte qu'il avait besoin d'aide.
Il s'assit au bord d'un chemin, se demandant s'il existait une personne sur terre
capable de s'intéresser à son pauvre sort.
Non loin de là, un vieux renard faisait sa promenade matinale, perdu dans ses
pensées, quand soudain il entendit des miaulements rageurs.
Tiens, se dit-il, quel est cet imprudent qui appelle pour que l'on vienne le
dévorer. Intrigué, il alla voir et quelle ne fut pas sa surprise de découvrir un si
petit chat faisant si fort de bruit.
– Qui es-tu ? Et que veux-tu ? Ne sais-tu pas qu'il est dangereux de se faire
remarquer ainsi ?
– Enfin répondit le chaton, j'ai bien cru que personne ne m'entendrait
jamais !
– Cela eut sans doute mieux valu pour toi, dit le renard en s'approchant
d'un air menaçant. Pourquoi ne t'enfuis-tu pas en ma présence ? N'as-tu
pas peur que je te dévore ?
– Ah non alors s'écria le chat, vous êtes le seul à avoir répondu à mes appels,
je ne vais surement pas me sauver maintenant. Et puis, pourquoi
voudrais-tu me manger? Je ne te veux pas de mal moi !
Le renard, tout d'abord estomaqué de tant d'aplomb, éclata d'un rire tonitruant.
– Et bien, c'est la meilleur de la journée celle-la. Regardes-toi, tu es tout
ébouriffé et pas plus gros qu'un poussin, et en plus, tu n'as pas peur de
moi !
– Mais, vous ne voyez pas que j'ai besoin d'aide. Mes parents ont disparu, je
suis tout seul au monde à présent. J'ai besoin que quelqu'un me protège,
me nourrisse et fasse mon éducation. Et apparemment je suis bien tombé.
Vous m'avez l'air costaud, intelligent et fort rusé. C'est tout à fait ce qu'il
me faut. Voulez-vous bien vous occuper de moi et, m'enseigner toutes les
choses de la vie. En échange, je vous obéirai, vous respecterai et prendrai
soin de vous lorsque vous serez bien vieux.
Jamais, dans toute sa longue vie de renard, il n'avait entendu un discours pareil.
Il en fut troublé et attendri. Après tout, pourquoi pas, ce serait sans doute
divertissant. Et puis, il n'avait plus d'enfants. Ses deux petits étaient morts
l'hiver dernier, ainsi que son épouse.
– Soit, dit-il, je vais m'occuper de toi, et il va y avoir du travail, parce
qu'apparemment tu ne connais rien du tout, ni à la vie, ni aux usages. Je
crois que nous allons commencer par là, sinon tu ne vivras pas bien vieux.
Tu m'as l'air bien fatigué, maigrichon et tu as besoin d'un bon bain. Allez,
grimpes le long de ma queue et allonges toi sur mon dos. Je te ramène chez
moi. Profites du voyage pour te reposer.
Dans la forêt, tout le monde accourait pour voir passer cet étrange attelage. Un
vieux renard affublé d'un minuscule chaton dormant en ronronnant sur son dos.
Petit chaton était heureux, il s'était endormi, confiant, car il savait qu'il avait
trouvé là un bon guide. Ses parents avant de disparaître avaient tout de même eu le temps de lui enseigner une chose :
– Aimes toute personne que tu rencontreras. Respectes-la et parles lui
normalement, sans peur et sans haine. Ainsi, ceux que tu croiseras, te
respecteront et t'aimeront en retour.
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